mardi 12 mai 2020

"Vivre ensemble finement"...

Le mot confinement contient l’adverbe finement. Le confinement pourrait donc signifier « être ensemble finement », voire « vivre ensemble finement ».

 Inutile de consulter un dictionnaire : qui dit finement veut dire penser ou faire des choses avec finesse. Quelles sont les choses qu’on peut et doit faire avec plus de finesse ? Notre réponse : mais tout ! Nous n’oublions pas que nous sommes venus au monde en parfait ignorant et que nous avons dû apprendre les usages terrestres à partir de zéro. À commencer par apprendre à nous tenir debout, puis à avancer pas à pas vers l’espace qui s’ouvre devant nous. Sauf chez les plus doués d’entre nous, d’une façon générale, nos postures et nos comportements, autrement dit notre manière d’être, sont empreints de gaucherie et de maladresse ; il y manque trop de la grâce pour que nous soyons à même d’entrer en résonance avec l’invisible Souffle rythmique qui anime l’univers vivant. Nous sommes en quelque sorte d’éternels apprentis, d’éternels amateurs. Il y a toujours lieu d’améliorer notre approche de la vie, avec plus de lucidité et de finesse. Le confinement obligatoire nous en donne l’occasion.

D’abord, dans notre rapport avec les choses qui nous entourent. Il fut un temps où l’humanité était plus humble, plus patiente. Elle chérissait les choses qui étaient à son service. Elle en connaissait le prix, éprouvait à leur égard de la gratitude. Il s’établissait entre les humains et les choses un lien de sympathie, pour ne pas dire de connivence. On gardait les choses le plus longtemps possible, même quand elles étaient rongées d’usure. On rapiéçait les chaussettes, on ravaudait les chemises, on réparait les porcelaines fêlées, on entretenait avec vénération les meubles légués par les aïeux. Ainsi traitées, les choses prenaient un aspect personnel, revêtaient un coloris intime.
Mais depuis une ou deux générations, nous assistons à l’avènement du jetable. Du coup, nous n’entretenons plus le même rapport avec les choses. Les traitant de haut, nous ne leur portons ni attachement ni affection. Elles sont usées par nous, dans l’indifférence. Arrive le moment où elles se montrent moins efficaces, nous les fourrons sans ménagement dans le sac-poubelle. Hop là, un bon débarras ! Ni vu, ni connu. Tout cela ne nous éduque pas dans le sens de l’attention du respect, encore moins de la douceur et de l’harmonie. Il arrive bien souvent qu’inconsciemment, aux heures de nos désœuvrements, nous nous agacions de la présence des choses, parce qu’elles nous renvoient l’image de nos propres désarrois.

Le confinement est l’occasion de réapprendre la valeur des choses qui nous entourent. Celles-ci, nous le savons, ont une âme, même un bout de ruban, même une épingle. Elles ont acquis une âme, pour avoir été les témoins de notre vie. Elles conservent précieusement nos souvenirs, que nous avons relégués aux oubliettes. Elles peuvent nous être d’un soutien secourable si nous consentons à en faire des interlocuteurs valables. Elles sont là, pour nous rappeler que la vie n’est pas forcément un gâchis total. Elles sont là pour nous appeler à la fidélité.
Après notre rapport avec les choses, venons-en à celui, plus complexe, que nous entretenons avec les êtres. Le confinement crée des conditions pour vivre en compagnie des êtres qui nous sont chers, nuit et jour, sans une seconde de séparation. Au lieu de nous en réjouir, nous voilà paniqués. Jusqu’ici en effet, nous n’avons pas conçu la vie ainsi ; chacun a ses occupations, jouit des possibilités d’évasion. On découvre, effarés, qu’un tête-à-tête permanent est un casse-tête, que trop de promiscuité tue la vraie intimité. On en vient à avoir la nostalgie d’une certaine distanciation. Or, justement, en même temps que le confinement, on nous recommande de garder une « distance sociale », et si possible de ne pas se toucher. Cette situation, apparemment contradictoire, nous incite à une réflexion plus fine. Dans notre société, les sentiments d’affection s’expriment par un ensemble de paroles et de gestes très démonstratifs, une effusion ignorant les barrières. On s’adore, on s’embrasse, on baigne sans répit dans une mare de sentimentalité. C’est certes tout ce qu’il y a de positif. Sauf qu’en vase clos, pour peu que survienne un accroc, ces mêmes paroles et gestes, prononcées, effectués machinalement, ou devenus trop envahissants, étouffants, dégénèrent en chamailleries, quand ce n’est pas en violence.
Me revient alors en mémoire l’injonction de Confucius qui prônait dans les relations humaines, le « li », terme qu’on peut traduire par « le rituel du respect mutuel », un rituel fondé sur le principe de la distance juste. Selon le sage, seul ce principe permet de rendre durable l’attachement le plus profond. À partir de ce principe d’ailleurs, ses disciples conseillaient d’introduire dans le lien conjugal une forme d’amour courtois où chaque conjoint traite l’autre en hôte d’honneur. Les circonstances actuelles, pleines de paradoxe, me poussent ici à rappeler ce que Confucius avait proposé, 2 500 ans auparavant ; mais je mesure parfaitement ce qu’il peut y avoir d’inconcevable pour les gens d’aujourd’hui.
Après le rapport avec les choses et les êtres, comment ne pas aborder enfin le rapport avec soi-même. Dans le confinement, le sentiment qui domine chez chacun est la peur de se trouver seul à seul avec son ombre. Inévitablement, nous pensons à notre cher Pascal qui déplore que l’homme ne sache pas demeurer dans une chambre ; en proie au divertissement, il cherche à se fuir pour ne pas dévisager le destin, le sien. Entre quatre murs où rien d’inespéré ne peut advenir, quel mortel ennui ! Pourtant, la chambre peut contenir plus de présence et de richesse qu’on imagine. Il y a la mémoire de notre passé chargé d’orages, de remords, mais également de moment de félicité, il y a le présent à méditer et à métamorphoser, un présent bouleversé cette fois-ci par les actes héroïques des soignants et de tous ceux qui aident ; par les SMS reçus, qui donnent lieu à un authentique partage dans l’épreuve ; il y a le futur à préparer, un futur ouvert qui ne sera plus comme avant.

À ce point de réflexion, l’idée me vient d’évoquer un épisode dans la vie de Jakob Böhme, le grand mystique du XVIIe siècle. Un après-midi de solitude dans son sombre logis, il voit un rayon de lumière qui entre par la fenêtre et qui s’attarde sur un ustensile en étain. L’humble objet renvoie des reflets irisés. Soudain, il est ému jusqu’aux larmes et, empli de gratitude, il tombe à genoux. Un matérialiste pur et dur viendrait nous expliquer doctement que tout cela relève de la loi physique, qu’il n’y a vraiment pas de quoi s’émouvoir là-dessus. Mais Böhme voit autre chose, il voit qu’au sein de l’éternité, en ce coin perdu de l’immense univers apparemment muet et indifférent, un instant de miracle a lieu, ce rayon de lumière qui vient iriser l’après-midi terrestre où un humain anonyme, poussière d’entre les poussières, a pu capter la scène et, avec son œil ouvert et son cœur battant, être submergé par l’émotion. Qui peut expliquer cet insondable mystère ? Il n’y a peut-être rien à expliquer. Il y a la vie qui est là, miraculeusement là, à recevoir comme un don inouï. Chacun dans sa chambre, à sa manière unique, doit se tenir prêt à accueillir le rayon de vie qui se donne là, comme un ange annonciateur, comme un hôte d’honneur."

FRANÇOIS CHENG, texte publié dans le Figaro, mai 2020.


lundi 11 mai 2020

Etre heureux...



 "Vous pouvez être défectueux, anxieux et parfois irrité, mais n'oubliez pas que votre vie est la plus grande entreprise du monde.
 Vous seul pouvez l'empêcher de décliner.
 Nombreux sont ceux qui vous apprécient, vous admirent et vous aiment.  Et tu ne sais pas mais il y a des gens pour qui tu es spécial.
 J'aimerais que vous vous rappeliez qu'être heureux, ce n'est pas avoir un paradis sans tempête, une route sans accident, un travail sans fatigue, des relations personnelles sans déceptions.
 Être heureux, c'est trouver la force dans le pardon, l'espoir dans les batailles, la sécurité dans la boîte de la peur, l'amour dans les désaccords.
 Être heureux, ce n'est pas seulement valoriser le sourire, c'est aussi réfléchir à la tristesse.
 Il ne s'agit pas seulement de commémorer le succès, mais de tirer les leçons de l'échec.
 Ce n'est pas seulement avoir de la joie avec les applaudissements, mais avoir de la joie dans l'anonymat.
 Être heureux, c'est reconnaître que la vie vaut la peine d'être vécue, malgré tous les défis, la tristesse, les malentendus et les périodes de crise émotionnelle et économique.
 Être heureux n'est pas un destin, mais une conquête pour ceux qui savent voyager dans leur propre être.
 Être heureux, c'est cesser d'être victime de problèmes et devenir acteur de votre propre histoire.
 C'est traverser des déserts hors de soi, mais pouvoir trouver une oasis au plus profond de notre âme.
 C'est remercier Dieu chaque matin pour le miracle de la vie.
 Être heureux, ce n'est pas avoir peur de ses propres sentiments.
 C'est savoir parler de soi.
 C'est avoir le courage d'entendre un «non» même de la part de ceux que vous aimez.
 C'est avoir la sécurité de recevoir des critiques, même si c'est injuste.
 C'est embrasser les enfants, chouchouter les parents, avoir des moments poétiques avec des amis, même s'ils nous blessent.
 Être heureux, c'est laisser vivre la créature libre, heureuse et simple qui vit en chacun de nous.
 C'est avoir la maturité de dire «j'avais tort».
 C'est avoir l'audace de dire «pardonnez-moi».
 C'est avoir la sensibilité d'exprimer «J'ai besoin de toi».
 C'est avoir la capacité de dire «je t'aime».
 Que votre vie devienne un jardin d'opportunités pour être heureux ...
 Puissiez-vous être un amoureux de la joie dans vos sources.
 Puissiez-vous être un ami de sagesse et de paix pendant vos hivers.
 Et lorsque vous vous trompez en cours de route, vous recommencez.
 Eh bien, vous serez plus passionné par la vie.
 Et vous découvrirez qu'être heureux, ce n'est pas avoir une vie parfaite.
 Mais utiliser des larmes pour tolérer l'eau.
 Utilisez les pertes pour affiner votre patience.
 Utiliser les fallas pour sculpter la sérénité.
 De la douleur au plaisir de la pierre.
 Utilisez des obstacles pour ouvrir les fenêtres de l'intelligence.
 N'abandonnez jamais ...
 N'abandonnez jamais les gens que vous aimez.
 N'abandonnez jamais d'être heureux, car la vie est un spectacle à ne pas manquer! »


 Texte du Pape François

dimanche 3 mai 2020

Prendre soin de son enfant intérieur

Nous sommes tous des êtres uniques reliés les uns aux autres par nos vies actuelles mais aussi nos vies passées, plus ou moins lointaines, parfois très lointaines.

 Aujourd'hui "la pleine conscience" nous invite à instaurer un lien conscient avec l'essence de notre être.
Vivre en conscience serait ne jamais oublier le lien en nous entre ce que nous sommes aujourd'hui, au fil des jours et ce que nous sommes au fond de nous depuis toujours.
L'enfant intérieur décrit par Thich Nhat Han, c'est notre être profond, la partie la plus intime et spirituelle de notre âme. Aussi le lien à cet enfant intérieur est  très précieux car il a pu être abimé.
Les traumatismes vécus dans la petite enfance nous font retrouver ces blessures profondes et passées.  Elles se réveillent de façon cyclique dans la vie plus ou moins douloureusement. Quand le malaise se réveille que nous prenons consciences de la nécessité de guérir.  
L'idée est d'examiner avec soin nos sentiments d'aujourd'hui pour l'enfant que nous avons été hier et de comprendre  les blessures : s'agit-il de rejet, de tristesse, d'indifférence, d'oubli, de peur, de frustration, de culpabilité...
Parfois, c'est ici que nous avons besoin d'être accompagné pour restaurer le dialogue libérateur.
Toute notre transformation réside dans la restauration de ces liens intérieurs : " transformer mon rejet en accueil, éprouver de la compassion pour la tristesse de l'enfant que j'ai été dans telle ou telle situation, me consoler aujourd'hui de mes erreurs..."
 Il s'agit de réconforter notre enfant intérieur dont la sagesse est infinie en lui exprimant  la légitimité de son ressenti, de sa tristesse et de sa solitude. C'est ainsi que l'on se relie à la vie et que nos actions deviennent plus lumineuses, porteuses de plus d'harmonie.

Ces sentiments bienveillants transforment l'être dans ses profondeurs et ainsi, à la fin de chacune de nos vies, nous repartons enrichis de plus de tolérance, d'amour, de compassion...


mardi 4 février 2020

Ce qui nous a élevés nous élève...

 Ce qui nous a élevés nous élève...
 Calogero

Pour Catherine Gueguen, pédiatre et spécialiste des neurosciences, l'enfant doit être entouré de personnes chaleureuses et bienveillantes et baigné dans l'empathie afin d'assurer un bon développement de son cerveau et par la suite de ses apprentissages.
Elle explique que toutes les grandes peurs de l'enfant sont enregistrées dans l'amygdale de son cerveau de façon inconsciente et qu'il devrait être interdit de faire peur à un enfant.
L'humiliation, la critique et la dévalorisation produisent chez l'enfant des troubles de comportements. Il faut comprendre que le cerveau de l'enfant est immature et qu'il ne peut pas gérer ses émotions. C'est donc à l'adulte d'apporter à l'enfant cette sécurité par la bienveillance, la chaleur et l'empathie.

 A ce propos, on peut réécouter les mots de Christian Bobin dans son livre la lumière du monde, cet auteur a un rapport à l'enfant et au petit enfant qui répond parfaitement à ce que décrit Catherine Gueguen. Pour lui, le petit enfant est une source de sagesse infinie et avec sa sensibilité habituelle, il y détecte l'âme qui, encore proche du ciel, nous dévoile un peu de l'infini amour de l'univers. Le monde intérieur de l'enfant et du petit enfant est comme un trésor enfoui au fond de l'océan. Il est noyé dans une société qui n'a plus la patience d'écouter et ne parvient que rarement à entendre les besoins des jeunes enfants.
Pourtant, c'est bien ici que se situe un des plus grands changements.  "Si la manière dont nous parlons à nos enfants devient leur petite voix intérieure", ils deviendront eux mêmes bienveillants, chaleureux et empathiques dans leur vie.

Pour Christian Bobin,  "On a été élevé par des gens qui ont été des enfants c'est donc leur enfance à eux qui nous élève." Sans un retour à soi pour guérir ses peurs, ses traumatismes et ses propres blessures, on ne fait que reproduire ce que l'on a vécu enfant. Très souvent, en examinant nos comportements avec sincérité et transparence, on peut s'apercevoir que certains d'entre eux ne sont, envers les enfants ou même envers les adultes, que la reproduction, sous une forme différente, de ce que nous avons vécu dans notre enfance. A ce stade de l'observation,  Catherine Gueguen rappelle la plasticité de notre cerveau qui peut résilier à tous moments dans notre vie et nous libérer de nos blessures anciennes, parfois en ayant recours à une démarche thérapeutique.


Devant l'importance du message, on peut penser à cet astronome, dans le Petit Prince, qui avait dû changé de costume pour se faire entendre. 
Le discours de Catherine Gueguen est tellement empathique et surtout teinté de coeur et de bon sens que l'on se demande comment, à notre époque, il n'est pas présenté comme une référence incontournable dans le domaine de l'éducation des jeunes enfants.
Toutes les données scientifiques et les découvertes récentes en neurosciences démontrent l'indispensable nécessité de l'empathie et de la bienveillance.
Alors maintenant, que la science démontre les besoins fondamentaux du cerveau de l'enfant, on peut entendre ce que d'autres personnes, en d'autre temps, avaient déjà démontré sous une autre forme pour attribuer au petit enfant une importance capitale et surtout une éducation empathique et bienveillante qui nourrit à la fois le coeur, la tête et l'âme.
Les bébés, comme nous le rappelle Christian Bobin,  sont "à la fois dans le jeu et dans la pensée la plus insoutenable sagesse. C'est étrange qu'ils viennent nous donner des nouvelles des étoiles et qu'ils puissent s'amuser avec un petit bout de ruban qui dépasse de leur couffin".

 Mais l'histoire montre qu'il s'agit toujours d'une question de costume. Enveloppée du costume scientifique, la démonstration est toujours mieux entendue. L'essentiel est évidemment de faire passer le message au plus grand nombre. C'est ainsi que sont "les grandes personnes", nous rappelle l"aviateur de Saint Exupéry qui voit le monde d'en haut et finit par rencontrer le Petit Prince.

Pourtant plus le petit enfant évoluera dans un environnement qui saura l'entendre et plus il sera un adulte capable de répondre avec justesse aux besoins de ses enfants et de s'adapter à son monde.
On rejoint ici André Stern, dans son dernier ouvrage "Jouer" et son écologie de l'enfant, qui pose un regard très contemporain sur les besoins du jeune enfant. A la bienveillance et l'empathie,  André Stern rajoute le besoin insatiable de jouer qui permet à l'enfant de se construire intérieurement en confiance. Il est donc indispensable de considérer le jeu libre du petit enfant comme un besoin humain. Il faudrait même en faire un devoir de l'adulte envers l'enfant.
 Bien sûr, il ne s'agit pas de répondre sans contrainte à toutes ses demandes mais de pouvoir donner des repères ajustés aux réalités vécues. Comme nous le rappelle, Christian Bobin, dans la lumière du monde, n'oublions pas, avant toute chose, d'écouter la sagesse des plus petits :

    " J'ai causé l'autre jour avec un bébé. Il avait les tout petits sourcils froncés de la pensée qui ridaient son front comme de l'eau. Ses petites mains, affairés autour des lacets de ses chaussures, étaient aussi belles qu'un moineau. Ses doigts minuscules avec des ongles légers comme de tout petits pétales de fleurs, environnés par l'immensité du cosmos, le tout petit escargot de ses lèvres et ce regard limpide parfois zébré par la gravité d'une pensées.  Les nouveaux nés sont des êtres qui font front, comme dans une guerre. C'est peut-être pour ça qu'ils me bouleversent plus que n'importe quelle oeuvre d'art."

jeudi 19 décembre 2019

La petite voix

Décembre

il me fut montrer une grande boule de lumière
il en sortait des rayons éclatants et des rayons très ternes y retournaient.

J'entendis les mots :

Quand tu auras parcouru le cycle complet, tu retourneras à Moi, La Source de toute vie 
et tu deviendras un avec Moi, 
comme tu l'étais au commencement.

 Texte de la petite voix d'Eileen Caddy

mardi 5 novembre 2019

L'étreinte universelle

L'étreinte est un geste universel, mais la dimension d'Amour et de compassion qui l'entoure, a un pouvoir réparateur. Toutes les douleurs peuvent être entendues, pas seulement avec des mots, car les plus grandes n'ont pas de mots. Seul l'Amour universel, qui les accueille sans condition, entend ce qui est caché au fond de l'être.
L'écoute de ces souffrances, leur accueil avec cette puissante compassion consciente a un pouvoir de soulagement, de réconfort et de guérison émotionnelle.

 Amma et son darshan, c'est toujours un chemin, c'est toujours une rencontre, chaque fois un peu plus avec soi-même. Il ne s'agit pas de vénérer une personne, il ne s'agit pas de dépendre d'une croyance. Il
s'agit d'un partage de l'Amour, celui qui nourrit et qui nous fait grandir. La réciprocité est vivante.
L'Amour se donne et se reçoit. Ce simple mouvement de vie, animé par le coeur, est déjà un chemin, pas toujours évident, pourtant si important. Il devient une porte ouverte entre le visible et l'invisible, nous reliant aux êtres qui nous sont chers afin de continuer notre route. Le propre de l'Amour est son omniprésence dans le moindre rire, oiseau, nuage, feuille, fleur, coeur qui s'embrase et joie qui s'allume...

Dans les yeux d'Amma, on retrouve toute cette vie, une innocence et une spontanéité d'enfant si profondes. On touche ainsi sa propre humilité, celle qui nous rend transparent, libérés de tous nos masques et soulagés de toutes nos carapaces.

Le darshan ouvre ainsi la possibilité d'offrir à ses enfants, sa famille, ses amis une étreinte d'Amour,  légère comme de la soie et chaleureuse comme une flamme, qui ouvre le  coeur et répare les douleurs.

jeudi 31 octobre 2019

L'amour doit tout dominer...

Femme du Rajasthan, Marc Legris
" L'amour, Govinda, doit tout dominer. Analyser le monde, l'expliquer, le mépriser, cela peut être l'affaire des grands penseurs. Mais pour moi, il n'y a qu'une chose qui importe, c'est de pouvoir l'aimer, de ne pas le mépriser, de ne pas le haïr tout en ne me haïssant pas moi-même, de pouvoir unir dans mon admiration et dans mon respect, tous les êtres de la terre sans m'en exclure."
Herman Hesse, Siddharta.


jeudi 10 octobre 2019

Parvenir à soi-même...

" La vraie mission de tout homme est celle-ci : parvenir à soi-même. " 
Herman Hesse

Peinture de Marc Legris
Prends le temps de te faire des amis, c'est la voie du bonheur.
Prends le temps de rêver pour accrocher ton wagon à une étoile.
Prends le temps d'aimer et d'être aimé, c'est le privilège des dieux
Prends le temps de regarder autour de toi, la journée est trop courte pour la vivre dans l'égoisme,
Prends le temps de rire c'est la musique de l'âme.

Une Vieille chanson anglaise qui rappelle que
 la vie est également  trop courte pour la vivre dans  l'égoïsme et que les éclats de rire sont de petites notes qui composent la musique de l'âme. 

Accroche donc ton rêve à une étoile et laisse la te hisser vers la lumière.  Tu verras disparaître le faux pour ne laisser luire que le vrai car arrive toujours le temps où seules les étoiles qui ont croisé ta lumière brillent pour éclairer ta route.

mardi 8 octobre 2019

Tous en scène...pour raccrocher la lune

« L'Universel est fait de toutes les particularités* »
 Abd Al Malik
 Nana Noodleman

Buster Moon est un rêveur, de ces rêveurs pour qui l'illusion est une source d'inspiration. Mais il est parfois difficile pour les rêves de se frayer un chemin dans la réalité surtout quand il s'agit de sauvegarder un ancien théâtre qui tombe en désuétude.
Buster Moon est un Koala dynamique, il porte dans son coeur la promesse faite à son père de réussir. Ayant travaillé toute sa vie en lavant des voitures,  par amour pour son fils Buster, il lui donnera toutes ses économies amassées grâce à l'habilité de son éponge afin de réaliser son rêve le plus fou, acquérir son propre théâtre. Mais même si les souvenirs de Buster Moon sont toujours aussi vivants et qu'il voit, dès qu'il ferme les yeux, la diva Nana Noodleman qui l'a fasciné toute son enfance, monter les marches de son théâtre,

Buster Moon et Mis Crawley, sa secrétaire
il ne réussit pas à produire de spectacles à succès et les dettes s'accumulent plus que les recettes.
Devant cette situation alarmante, avec un téléphone qui lui rappelle toutes les deux minutes que sa banquière attend de ses nouvelles, Buster Moon a un sursaut de génie, il imagine un concourt de chant tout public.
"I got faith in you baby, I got faith in you now...", c'est ce que Buster Moon fredonnera dans sa tête en auditionnant les artistes amateurs qui, rêvant de gagner un prix de 100 000 dollars, se sont précipités devant les portes du théâtre.
Cependant une erreur s'est glissée sur les flyers publicitaires qui auraient dû afficher 1 000 dollars. Une drôle de magie ajoute deux zéros de plus au prix du gagnant, un peu comme ces moments dans la vie où la perte de contrôle devient providentielle. Au-delà des étourderies de l'attendrissante secrétaire iguane Miss Crawley, on a l'impression  qu'un joyeux génie tire les ficelles de cette incroyable méprise.
Et c'est ainsi, à la lumière du croissant de lune dorée qui ouvre le rideau rouge, que le plancher du théâtre Moon les verra "tous en scène". 

"Universal" artists
Toutes les espèces d'animaux se succèderont les unes après les autres, poussés par l'élan créatif et vital qui les traverse.  Peu à peu, on arrive à comprendre,  à travers l'ambiance surréaliste de chacune des scènes, le coeur du message : "l'Universel est fait de toutes les particularités"*. Faut-il avoir côtoyé de près l'instinct sauvage des espèces prédatrices et l'instinct de survie des autres pour arriver à cette possible conclusion ? C'est bien ce que nous révèle cette cohabitation harmonieuse de tous ces animaux qui prennent le risque de révéler audacieusement leur âme artiste.
Les six candidats
Buster Moon sélectionnera six candidats pour ce défi : Une souris, Mike, aussi séduisante que malhonnête ;  une jeune éléphante, Meena, timide dévorée par le trac ; une truie mère de famille, Rosita, débordée par ses 25 marcassins ; un jeune gorille délinquant, Johnny, qui ne cherche qu’à échapper à sa destinée familiale de gangsters  ; une porc épic punk, Ash, qui peine à se débarrasser de son petit ami à l’égo surdimensionné pour faire une carrière solo et Gunther, un porc énergique à l'accent allemand et excellent danseur.   Tout ce petit monde va venir chercher sur la scène du théâtre Moon l’opportunité qui pourra changer leur vie à jamais. 

Mais Buster Moon, trop investi dans sa nouvelle mission, projette sur chacun d'eux, sa vision des choses. On découvre de façon subtile le problème crucial de ce koala passionné et enthousiaste. Parfois trop interventionniste, il freine l'élan créatif de ses illustres inconnus.
En découvrant la vie de chacun d'eux, on finira par comprendre leur point commun : tous devront acquérir de la confiance afin de sortir d'un quotidien qui les contraint à n'être qu'une partie d'eux-mêmes. Ils devront, chacun à leur manière, dépasser leurs blocages intérieurs afin de se découvrir vraiment.

Eddy
Mais sous la pression de sa banquière, en ultime recours Moon décide de solliciter Nana Noodleman qui est en fait la grand mère d'Eddy, son meilleur ami, un mouton richissime mais totalement désœuvré.

L'amitié qui relie Buster et Eddy est indéfectible. Eddy est en survie tout autant que Buster, parce qu'il végète et qu'aucune passion ne l'anime. Il vit dans  le pool house de la somptueuse  maison de ses parents qui l'ont mis entre les mains d'un coach pour structurer sa vie. Chaque jour, il nettoie la piscine, fait du jogging, fait ses courses...
Eddy et Buster sont liés pour le meilleur et pour le pire. La bienveillance profonde qu'ils éprouvent l'un pour l'autre nous ramène à l'essentiel. Il n'y a ni comparaison, ni jugement, ni jalousie seulement une profonde amitié entre eux que l'adversité va renforcer.

Afin de séduire Nana Noodleman pour obtenir un budget, un dernier sursaut d'espoir anime Buster qui transforme son théâtre en une scène moderne et captivante, animée  d'aquariums où dansent des Calamars fluorescents.
Mais rien ne se passe comme prévu et le théâtre s'écroule, noyé à cause de la malveillance de quelques ours mafieux à la poursuite du malhonnête  Mike.

Ash
Le résultat est là, un champ de ruine.  Buster Moon, critiqué par la presse, a tout perdu.  Réduit à laver des voitures qu'Eddy sèche pour le soutenir, il est au bord du désespoir. Les six candidats décident de ne pas le lâcher et de se produire sur scène. C'est Meena qui, pour la première fois, dépassera son trac  en chantant sur les décombres du théâtre, croyant être seule.
Le spectacle finit par avoir lieu, contre vents et marées, la troupe décide de planter le décor sur les ruines. Leur indéniable talent, leur fougue les portent au dépassement et cet inédit spectacle, qui est filmé en direct, finit par rassembler une foule subjuguée.

"Tu sais ce qui a de bien quand on a touché le fond, c'est qu'il ne reste plus qu'une issue, on doit remonter !", devise du théâtre Moon qui finit par se réaliser.  Racheté par Nana Noodleman, sous l'impulsion  et la direction de Buster Moon, le théâtre est reconstruit  : 

I got faith in you baby, I got faith in you now
(...)
I met you, hallelujah, I got faith


 Buster Moon, accroché à son joli croissant de lune montante, nous révèle ici un beau message d'espoir. Il nous offre, en dépassant l'impossible, un message universel. Porté par une énergie de vie, il défie la matière et son anéantissement afin d'incarner son rêve et de donner à ses nouveaux amis un espace pour se révéler et devenir pleinement eux-mêmes. Le coeur, l'amitié et la solidarité triomphent de la fatalité et la passion l'emporte devant les spectateurs conquis par tant de courage et émus par tant de beauté.

Remerciements à Aufélie Blanchard pour nos échanges sur ce film. 
Texte inspiré du film "Tous en scène", ou Chantez ! au Québec, qui est un film d'animation américain en images de synthèse écrit et réalisé par Garth Jennings, sorti en 2016, produit par Illumination Entertainment.
Un film qui donne la pêche où l'accomplissement de soi devient une force indéniable face aux plus dures embûches.
Je le recommande en famille, y compris les grands-parents ;-).