dimanche 21 juillet 2024

  

Le plongeon dans la Vie brute et bruyante est une expérience pénible, la beauté y est difficile à percevoir.  Cependant le chemin laborieux de nos vies incarnées nous conduit parfois à métamorphoser, dans notre chair, cette noirceur en lumière.
 

Combien faut-il de temps pour simplement l’accepter ? On peut tout essayer : l’illusion pour y échapper, la révolte pour déculpabiliser ou l’oubli pour ne pas sombrer. Mais rien de tout cela ne permet de franchir le cap. Le seul moyen est d’accepter que les expériences sont parfois douloureuses et les situations pathétiques.
Dans la pièce de Nicolas Godart " Rollekebol", c’est cette réalité crue qui nous traverse.
Pourtant aucun des personnages ne perd sa dignité, les valeurs profondes de l’humain y sont préservées.

On est dans les méandres de la vie terrestre de l’âme.
Les personnages prennent à bras-le-corps leur vie colorée d’un profond réalisme, bouleversés comme l'est la surface de l’océan soumis aux aléas du beau et du mauvais temps.
C’est dur à entendre et à voir, choquant parfois, mais pour autant réel. Moins choquant pourtant, qu'une Emma Bovary qui s'empoisonne sous la plume réaliste de Flaubert car ce n'est pas la fatalité qui triomphe.
Ici, les personnages gardent un lien profond à eux-mêmes face à leur désespoir et leurs souffrances. Le fond de leur être  reste intègre, aussi calme face à sa destinée que l’est le fond de l’océan, ils traversent
  la peur, la maladie, la mort et l'espoir. 

Le père accepte la fin de sa vie dignement. La mère trouve, au travers de ses tableaux, le chemin pour vivre avec les douleurs invisibles de son psychisme. .Le fils cherche la clé qui transformera son hypersensibilité addictive en talent créatif : un roman peut-être… La fille devra regarder l’inacceptable et s’en détacher pour devenir libre et faire de sa vie une comédie.
Le chat philosophe porte un regard sage sur cette famille et le chien meurt rempli d'une profonde compassion pour son maître.

Dans cette pièce, remarquablement interprétée, on est invité à trouver l'espoir  dans la misère du quotidien et de sentir dans sa chair la vibration de la lumière cachée derrière.
Elle aide  à comprendre qu’au delà des drames humains : la maladie physique, les maux psychiques, le rejet, le refus…la Vie garde sa splendeur.

Rokkebol, inspirée de nos expériences humaines, met en scène des messages qui deviennent universels et permettent de voir la beauté divine intacte derrière la sombre réalité.

C'est une pièce humaine et profonde qui touche le coeur et l'Âme, à découvrir pour vivre cette expérience qui ne peut laisser indifférent.

dimanche 25 février 2024

 Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d’un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un seul mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

Rudyard Kipling

lundi 4 décembre 2023



"Nous ressemblons à notre âme et notre âme, elle ne fait rien, jamais rien. Elle regarde par la fenêtre. Elle attend ce qui ne viendra pas, ce qui viendra sûremment. Nous ressemblons à note âme, et c'est pourquoi un balayeur des rues -j'en ai connu un-peut aussi être un ange."

Pierre, Christian Bobin, p.31, ed.Gallimard

"Les papillons qui sont posés sur une herbe sont d'une immobilité absolue. Leurs ailes sont repliés au point de ne plus former qu'une seule. On croirait qu'ils sont morts. Maintenant  si on avance vers eux ils reprennent leurs vitesses lumineuses. Moi, mes ailes sont repliées par la pensée mais dès que la lumière me touche je suis remis en mouvement'.

Christian Bobin, la lumière du monde.

Tendre vers le sens et aller vers la beauté...

 Hokusai
   Grâce à la beauté, le monde n'est nullement un espace neutre, insipide et insignifiant ; l'existence humaine, non plus, n'est nullement un séjour aveugle, sans but ni visée, fermée au devenir et à la possibilité de dépassement.

Au contraire, le monde est plein d'attraits et d'appels, plein de signes et de sens. Et notre existence, elle aussi, est chargée de désirs et d'élans, elle va dans un sens et elle a un sens.

Déjà en nous-mêmes nous poussons dans un sens, c'est-à-dire, comme je l'ai dit tout à l'heure, nous tendons vers la plénitude de notre présence au monde, à l'instar d'une fleur ou d'un arbre. Et de plus, nous tendons vers d'autres présences de beauté, vers une chance d'ouverture et d'élévation.

C'est bien grâce à la beauté qu'en dépit de nos conditions tragiques nous nous attachons à la vie. Tant qu'il y aura une aurore qui annonce le jour, un oiseau qui se gonfle de chant, une fleur qui embaume l'air, un visage qui nous émeut, une main qui esquisse un geste de tendresse, nous nous attarderons sur cette terre si souvent dévastée.

François Cheng

dimanche 3 décembre 2023

C'est l'esprit du temps qui parle...

« L’artiste est l’interprète des secrets de l’âme de son temps, sans le vouloir, comme tout vrai prophète, parfois inconsciemment à la manière d’un somnambule il s’imagine parler du fond de lui-même, mais c’est l’esprit du temps qui parle par sa bouche et ce qu’il dit existe .»
 Jung , L'Âme et la Vie
 
 Je reprends cette citation rencontrée de nouveau il y a quelques jours, elle retranscrit pour moi cette collaboration étroite entre le visible et l'invisible que chacun peut vivre chaque jour en laissant s'exprimer son élan créatif. Cet élan appartient à tout un chacun, c'est un art de vivre le beau et le bon : beauté du geste, du regard, de la parole et de la pensée, de l'action...


(...) Toutes les aurores et tous les couchants, tel mont et telle mer, tous les arbres et toutes les fleurs, tel félin et tel oiseau, la prairie sans borne parcourue par de superbes chevaux au galop, le ciel sans fond éblouissant d'étoiles incandescentes.(...) 
Ne voyons nous pas que dès l'origine le désir de vie s'accompagne du désir de beau, prime signal de sens et de valeur ? Il y a l'âme du monde qui aspire à la beauté, et il y a l'âme humaine qui y répond par la création artistique, à multiples facettes, propre à une âme aimante - beauté du regard, du geste, de la donation qui porte le beau nom de "sainteté".
Francois Cheng, de l'âme, p16.



Un élan créatif qui jaillit du plus profond de soi, dans le non jugement et en résonance avec les besoins de son âme.  Dans une grande fragilité, humblement et transparent devant soi-même, on peut vibrer ainsi avec l'âme de l'univers. On y ressent l'amour, le beau, le bon et l'inattendu qui réparent nos blessures et nous allègent du passé.
Aminé de cette énergie de Vie, tout devient possible à qui perçoit les émotions qui le traversent comme un appel au dialogue.
A l'image du poète qui fait de sa tourmente une rencontre avec l'universel, nous pouvons accueillir nos  blessures en laissant la divine magie de nos émotions opérer la transformation : on transforme le rejet de soi estime de soi, la peur de l'abandon en sécurité intérieure, l'injustice en confiance, la fusion en besoin d'autonomie...
En vivant ainsi toutes les dimensions sensibles de notre être et guidé par notre âme artiste, on   découvre  ce qui se révèle du fond de nous-même.  Quelque chose,  qui à la fois nous dépasse et nous ressemble, nous conduit au nouveau et participe tout entier à la conscience éveillée du monde. Quelque chose qui nous rappelle la valeur de la sensibilité et de la subtilité pour laisser s'exprimer de tout notre être  l'esprit du temps à chaque instant.

samedi 2 décembre 2023

Donnons une valeur à l'Âme

Mont Lu
"Dans notre société, c'est l'esprit qui est le critérium de valeur. On juge la valeur de quelqu'un par sa contribution à la société, par un travail d'esprit : intelligence, génie, innovation pour faire avancer la société.  De ce point de vue, cela se comprend.
D'un point de vue existentiel et ontologique, cela se discute parce que l'âme est cette entité qui reste toujours entière alors que l'esprit peut connaître la déficience ou même l'effondrement. La moindre attaque du cerveau peut nous précipiter dans l'hébétude.
Est-ce que tous ces êtres, tout d'un coup, sont devenus des êtres sans valeur ?
Prendre l'esprit comme critère de valeur, il y a beaucoup de danger.
Prendre l'Âme comme critère de valeur, c'est plus sûr."


François Cheng, le 17.11.16 dans la Grande Librairie

lundi 13 novembre 2023

L'empathie

L'empathie, une définition cristalline et pure qui coule comme une source

"L'empathie c'est, à la vitesse de l'éclair, sentir ce que l'autre sent et savoir qu'on ne se trompe pas, comme si le cœur bondissait de la poitrine pour se loger dans la poitrine de l'autre.
C'est une antenne en nous qui nous fait toucher le vivant : feuille d'arbre ou humain. Ce n'est pas par le toucher que l'on sent le mieux mais par le cœur. Ce ne sont pas les botanistes qui connaissent le mieux les fleurs et les psychologues qui comprennent le mieux les âmes, c'est le cœur. Le cœur est un instrument d'optique bien plus puissant que les télescopes de la NASA. C'est le plus puissant organe de la connaissance, et c'est une connaissance qui se fait sans aucune préméditation, comme si ce n'était plus nous qui faisions attention à l'autre, comme s'il n'y avait plus qu'une attention pure et une bienveillance fondée sur la connaissance de notre mortalité commune. (...) Dans L'empathie, on peut prendre soin d'autrui comme jamais il ne prendra soin de lui-même, par une attention tendue comme un rai de lumière, mais il n'y a aucune emprise psychique sur lui. C'est l'art double de la plus grande proximité et de la distance sacrée."

Texte issue de "la lumière du monde" de Christian Bobin, p.16-17, ed. Folio

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Le pêcheur de Kajikazawaou (du peintre Hokusai)


Un pêcheur est en équilibre entre deux univers d'une part le ciel et l'eau d'un bleu intense et d'autre part la terre dont les couleurs vert et jaune fusionnent. Ses lignes plongent dans les profondeurs de l'Océan, au loin se découpent les courbes sacrées du Mont Fuji.

A l'image de ce pêcheur, nous sommes en ce moment dans cet équilibre difficile à trouver entre la folle envie de décrocher et la réalité concrète qui nous rappelle chaque jour, avec soin, nos différentes tâches. Si le pêcheur rêve et contemple l'océan qui lui offre un espace onirique de choix, il ne pensera plus à jeter ses lignes. Mais la nécessité de sa condition humaine lui demande de les jeter pour vivre. Il les jette, plongeant ainsi dans les fonds inconnus de l'océan. Son corps est tendu relié à la ligne qui explore les profondeurs. Mais a-t-il peur ?

Il semble serein à explorer cet inconnu qui recèle certainement de trésors qu'il doit avec patience et avec persévérance découvrir. La grande difficulté d'un tel passage, c'est de savoir comment transformer nos peurs. Celles-ci peuvent nous envahir et se transformer en sentiment de rejet, ou encore en réactions désagréables (jalousie, rancoeurs, sentiments d'injustice, désir de faire sa propre justice, stimulation de l'énergie instinctive) .

Si le pêcheur à la fin de sa journée retire sa ligne sans aucune prise vivra-t-il un sentiment d'injustice par rapport à la vie ou reviendra-t-il le lendemain pour reproduire le même geste ?

Si on écoute la sagesse du moment, il faut répéter chaque jour les mêmes gestes avec une grande rigueur et une recherche de perfection. Si le pêcheur reproduit sa tâche avec patience, il finira par voir ses efforts récompensés et une pêche miraculeuse lui sourire. Bien entendu, le miracle vient des profondeurs de l'Océan qui symbolisent ici les profondeurs de notre inconscient.

La présence du Mont Fuji résonne au lointain d'un son sacré et son rayonnement divin facilite la remontée, à la lumière du jour, des sombres fonds de l'océan.

A chacun, dans les mois qui arrivent, de trouver le son sacré qui lui fera explorer sans crainte ses nouvelles profondeurs intérieures et croire à leurs possibles transformations. Ces dernières, à la lumière du jour, seront le moteur de nos projets futurs, incontournables et salutaires, pour se découvrir, s'épanouir et se ré-inventer."

samedi 11 novembre 2023

Aimer c'est devenir un monde pour soi-même...

(...) Aimer n'a d'abord rien d'une absorption, d'un abandon ou d'une union avec l'autre ( car que serait l'union de choses qui ne sont pas éclaircies, ne sont pas achevées, ne sont pas encore mis en ordre ?), c'est une sublime occasion pour l'individu de mûrir, de devenir quelque chose en lui-même, de devenir un monde,  de devenir pour l'amour de l'autre un monde pour lui-même, c'est une grande  exigence qui s'adresse à lui, qui en fait un élu et l'appelle à l'immensité. (...)

Lettres à un jeune poète,
Rainer Maria Rilke, le 14.05.1904.

mercredi 4 janvier 2023

L'esprit communique, l'âme communie...

 Ce livre est, pour moi, une oeuvre d'art. Un équilibre subtil entre ce qui se voit et ce qui est, entre ce qui se sait et ce qui se ressent. Il apporte une connaissance nouvelle et fondamentale.

En m'appuyant sur les mots de Francois Cheng, et à travers mon expérience, je dirai que l'âme donne du sens à l'instant présent, à notre destinée et qu'elle peut se relier avec des êtres, humains ou spirituels. Elle se relie naturellement aussi à d'autres âmes avec  lesquelles elle est en affinité.
Cela se vit, se ressent et ne se pense pas.
On peut, aujourd'hui, reconnaître les blessures de l'âme et entendre leurs besoins. Elles sont, je pense, des plus douloureuses, car elles sont reliées à notre passé. Cependant par l'amour de soi et la confiance en la Vie, elles conduisent aussi à un approfondissement de notre être.

Dans l’extrait ci~dessous,, on sent que c'est ici l'amour et la communion de deux âmes, l'élan de l'une vers l'autre au-delà de leur réalité physique qui permet à cette sagesse de voir le jour. Celle-ci tend  à élever les consciences, à éclairer  la connaissance et à transmettre l'amour divin dans notre humanité avec toute l'ouverture et la modernité de notre temps :

Extrait de l'Âme, Francois Cheng :

(...) L'âme est en nous ce qui permet de désirer, de ressentir, de nous émouvoir, de résonner, de conserver mémoire de toute part, même enfouie, même inconsciente de notre vécu et par-dessus tout de communier par affect ou par amour.
L'esprit est en nous ce qui nous permet de penser, de raisonner, de concevoir d'organiser, de réaliser, d'accumuler consciemment les expériences en vue d'un savoir et, par-dessus tout de communiquer par échange.
(...)
L'esprit raisonne, l'âme résonne. L'esprit se meut, l'âme s'émeut. L'esprit communique, l'âme communie. L'esprit yang masculin, l'âme yin féminin."
(...)
L'esprit déploie pleinement son pouvoir d'agir dans toute l'organisation sociale, que celle-ci soit politique, économique, juridique ou éducative. Il régit les réseaux de transport comme de communication. Il règne en maître dans le domaine de la pensée philosophique et de la recherche scientifique. Mais par ailleurs il existe des domaines d'une nature différente ou, sans que l'esprit soit absent entre en jeu l'âme. Ce sont les domaines qui échappent à la compétence du seul raisonnement, qui sollicite de notre être toute sa capacité à ressentir, à éprouver, à s'émouvoir, à résonner, à complexifier son imagination, à approfondir sa mémoire, à être en symbiose avec d'autres entités vivantes et avec la transcendance. Ces domaines sont ceux qui se situent au delà de la problématique de l'organisation et du fonctionnement et qui apostrophent notre destin en l'obligeant à donner du sens aux instants vécus, à relever le défi de la souffrance et de la mort. Ces sphères sont celles où règnent la beauté, l'amour et toutes les formes de création artistique dont l'humain est capable - et dont vous avez fait la part essentielle de votre vie, chère amie !

jeudi 11 août 2022

L'amour maternel universel


"L'essence du principe maternel n'est pas l'apanage des femmes qui ont enfanté : il est inhérent aussi bien aux hommes qu'aux femmes. C'est une attitude de l'esprit. C'est l'amour et cet amour est le souffle même de la vie. Personne ne dirait : « je ne respirerai qu'auprès de ma famille ou de mes amis ; je ne respirerai pas en présence de mes ennemis ». Ainsi, pour ceux en qui le principe maternel universel est éveillé, l'amour et la compassion envers tous sont aussi naturels que le fait de respirer. Amma a le sentiment que l'époque qui s'ouvre doit être consacrée au réveil de ce principe maternel qui guérit. C'est la seule manière de réaliser notre rêve de paix et d'harmonie." 

Discours prononcé devant le mouvement pour la Paix dans le monde Palais des Nattions, Geneve, 7 octobre 2002.


"A moins que les êtres humains ne dominent leurs instincts les plus bas, notre vision concernant l'avenir de l'humanité ne se réalisera jamais et la paix ne sera rien de plus qu'un rêve lointain.
Puissons dans nos pratiques spirituelles le courage et la persévérance de réaliser ce rêve. Pour cela, il faut que chacun de nous découvre et manifeste ses qualités innées telles que la foi, l'amour, l'humilité, la patience et le renoncement parfois pour le bien de tous. C'est cela qu'Amma appelle la "vraie nature de mère".


 Discours de remerciement prononcé à l'occasion de l'attribution du prix Gandhi-King, 2002.

mardi 31 mai 2022

Le pèlerin du Mont Lu

Le Mont Lu.
« C'est pour cette raison que, toujours, la beauté nous bouleverse. Il est des beautés pleines d'une lumineuse douceur qui, soudain, par-dessus ténèbres et souffrances, nous remue les entrailles ; (…) j'évoquais l'image de la montagne cachée par la brume. Elle me fait penser à l'expression du Mont Lu qui signifie en chinois « une vraie beauté », mystérieuse et insondable. »
(…)
Le poète sait qu'il cherche à rencontrer la montagne afin d'en vivre la beauté, il est aussi l'interlocuteur attendu. »
Cinq méditations sur la beauté, F Cheng.

Toutes les émotions expriment un besoin de dialogue. 

L'épreuve est vraiment de ne pas se laisser happer par l'obscurité qui pourrait aigrir nos pensées et voiler la lumière. Même derrière les nuages, même dans la nuit, la lumière est toujours là. J'aime beaucoup l'idée de la beauté naturelle car elle est le divin même. Dans son texte,  F. Cheng nous invite à cette contemplation du Mont Lu. Il est vrai qu'il apparaît comme une image surnaturelle, une élévation instantanée.  Elle vient nourrir le fond de notre être, nos profondeurs. C'est bien dans nos profondeurs que nous pouvons retrouver la paix et le lien à la lumière.

Depuis quelques jours, je suis interpellée par un sentiment, comme si toutes les consolations qui d'habitude coulent de source  les sourires, les joies simples du quotidien, les surprises... étaient difficiles d'accès. Il n'est pas nécessaire de décrire ce qui se voit et qui est partout en ce moment. Mais il est important de ne pas se laisser happer par les images, les discours et la confusion générale.
J'aimerai prendre une image, celui du pèlerin face au Mont Lu, pour exprimer comment s'accompagner sur ce chemin.

La montagne mystique de F. Cheng, le Mont Lu, est dans la brume. Si je contemple ce paysage, je peux être facilement transporté par lui, sa beauté insaisissable. Cependant, en ce moment, ce sentiment de transport est bloqué et je peux être surpris de ne pas le sentir, de ne pas en trouver de joie indicible face à cette beauté, ou encore de me sentir à distance. C'est un peu comme si j'étais mis à l'épreuve de ne pas perdre le chemin dans la brume qui me fait sentir la présence de la montagne. Si je gravis la montagne, je m'élève. Si je doute de sa présence, si je me décourage devant la difficulté à la voir, je reste dans la brume.

En traversant, cette période difficile, nous sommes un peu comme un pèlerin obligé de gravir la montagne dans la brume, sans pouvoir apercevoir les hauteurs ou parce qu’elles nous semblent inaccessibles.. Cependant, ce pèlerin sentira sous ses pas le sol et les efforts qu'il est contraint de faire pour monter, il sentira son souffle s'ajuster, il apercevra par moment partiellement le rocher qui se hisse vers le sommet. Sa patience et son endurance seront testés. Au final, il aura parcouru avec courage et non sans amour pour lui un long chemin, pressentant la beauté (le divin) sans jamais en avoir la certitude.

C'est un peu comme cela que nous cheminons en ce moment. L'horreur et la barbarie essaient de nous en éloigner.  Cependant, à l'image du pèlerin qui gravit, sans douter, avec courage et espoir le Mont Lu, nous pouvons trouver en nous les forces pour s'élever. A Chacun d'imaginer, une fois le sommet atteint et la brume dissipée, ce qu'il pourra y trouver car il sera dans son entière liberté, accueillant le goût de l'expérience transcendante venant nourrir son chemin unique et parfois solitaire (comme c'est le cas dans les moments où l'on traverse certains états émotifs seul. Mais n'oublions pas que la solitude nous propose ici la rencontre de notre "seule vérité", celle que nous sommes et que nous désirons plus que tout rencontrer.

lundi 30 mai 2022

La haute promesse de la vie....

(...) J'ai évoqué les œuvres de Vinci célébrant la beauté du corps et je devrais me rappeler un autre moment de communion au Louvre devant son tableau : La Vierge, l'Enfant Jésus et Sainte-Anne qui, lui, fait vivre la beauté de l'âme.
(...)
Depuis le haut vers le bas, de Sainte-Anne à Sainte-Marie, de Sainte-Marie à Jésus, de Jésus au petit agneau avec qui il joue, Chacun a un geste de donation et de protection, ouvrant par là un espace empli de tendresse et de crainte, de fragilité et de résolution. La haute promesse de la vie doit être tenue ; elle est tenue. Le bonheur de l'amour humain est là, indéniablement là. Cependant, un pressentiment le travaille déjà de l'intérieur : l'amour absolu est une donation totale, il est désarmé et sans défense.
(...)
Il m'est donné de comprendre que la vraie bonté ne se réduit pas à quelques bons sentiments ou sympathie de circonstances, encore moins à une sorte d'angélisme naïf ou bonasse. Elle est d'une extrême exigence. Parce que le mal est dans le monde sous toutes ses formes, le plus terrifiant étant celui que les hommes infligent aux autres hommes. L'homme, cet être doué d'intelligence et de liberté est "capable de tout". Beaucoup de d'âmes sont tendue vers l'élévation, sachant que là résident la vraie liberté.




Francois Cheng, de l'âme, p. 96 et p.97, ed. Albin Michel.

lundi 23 mai 2022

Devenir le ciel étoilé...



(...) Je ne connais pas d'apôtres du néant sinon par imposture. Ce qu'on veut nous faire croire aujourd'hui, ce que clame cette littérature de la nuit, c'est que la vérité est toujours plus du côté du mal que du bien. Une croyance comme celle-là signale la disparition d'une personne. C'est une disparition bien plus profonde que la mort. Celui qui pense que la vérité est du côté du mal s'assoit très profondément dans le fauteuil de l'air du temps, et il n'est pas près d'en sortir. C'est pire qu'un lieu commun. Celui qui s'y assied , on ne le revoit plus : il peut parader, briller, avoir des succès, mais lui, on ne le revoit plus jamais. Il cesse immédiatement d'être une personne. Si j'ai fait une erreur, ce n'est donc pas de parler d'amour, c'est d'en parler de façon imprécise. Car je crois que l'intelligence cherche toujours quelque chose à aimer, le but étant de devenir soi-même le ciel étoilé. La vie est une fête de sa propre disparition : la neige, c'est comme des milliers de mots d'amour qu'on reçoit et qui vont fondre, les roses sont comme de petites paroles brûlantes qui vont s'éteindre, et celui qui arrive à les déchiffrer doit être d'une précision hallucinante s'il veut être cru, s'il veut parvenir à faire voir à d'autres ce qu'il a vu. (...)


Christian Bobin, la lumière du monde, p.43, ed. Folio

dimanche 22 mai 2022

vendredi 20 mai 2022

La poesie : reflet de soi

Paysage de la dynastie Ming du peintre Shen Zhou.
"Si vous voulez connaître le pin, allez jusqu'au pin ; si vous voulez connaître le bambou, allez jusqu'au bambou. Cessez de songer à vous-même ; sinon, vous vous imposez vous-même sur l'objet, et vous n'apprenez pas. La poésie naîtra quand vous serez devenus un l'objet et vous, quand vous aurez plongé suffisamment loin dans l'objet pour voir quelque chose comme une lumière cachée y scintiller. Aussi bien formulée que soit votre poésie, si votre sentiment n'est pas naturel, si vous et l'objet êtes séparés, votre poésie n'est pas une vraie poésie, mais tout au plus une contre-façon de vous-même".
Matsuo Basho, poète japonais du 17e siècle.


lundi 14 juin 2021

Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente

(...)  Il nous semble, à nous, bien au contraire, que notre ascension n’est pas achevée, que la vérité de demain se nourrit de l’erreur d’hier, et que les contradictions à surmonter sont le terreau même de notre croissance. Nous reconnaissons comme nôtres ceux mêmes qui diffèrent de nous. Mais quelle étrange parenté ! elle se fonde sur l’avenir, non sur le passé. Sur le but, non sur l’origine. Nous sommes l’un pour l’autre des pèlerins qui, le long de chemins divers, peinons vers le même rendez-vous.
(...)
Quelle que soit l’urgence de l’action, il nous est interdit d’oublier, faute de quoi cette action demeurera stérile, la vocation qui doit la commander. Nous voulons fonder le respect de l’homme. Pourquoi nous haïrions-nous à l’intérieur d’un même camp ? Aucun d’entre nous ne détient le monopole de la pureté d’intention. Je puis combattre, au nom de ma route, telle route qu’un autre a choisie. Je puis critiquer les démarches de sa raison. Les démarches de la raison sont incertaines. Mais je dois respecter cet homme, sur le plan de l’Esprit, s’il peine vers la même étoile.
Respect de l’Homme ! Respect de l’Homme !… Si le respect de l’homme est fondé dans le cœur des hommes, les hommes finiront bien par fonder en retour le système social, politique ou économique qui consacrera ce respect. Une civilisation se fonde d’abord dans la substance. Elle est d’abord, dans l’homme, désir aveugle d’une certaine chaleur. L’homme ensuite, d’erreur en erreur, trouve le chemin qui conduit au feu.

C’est sans doute pourquoi, mon ami, j’ai un tel besoin de ton amitié. J’ai soif d’un compagnon qui, au-dessus des litiges de la raison, respecte en moi le pèlerin de ce feu-là. J’ai besoin de goûter quelquefois, par avance, la chaleur promise, et de me reposer, un peu au delà de moi-même, en ce rendez-vous qui sera nôtre.

(...)
Au-dessus de mes mots maladroits, au-dessus des raisonnements qui me peuvent tromper, tu considères en moi simplement l’Homme. Tu honores en moi l’ambassadeur de croyances, de coutumes, d’amours particulières. Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente. Tu m’interroges comme l’on interroge le voyageur.

Lettre à un otage, Antoine de Saint Exupéry, chapitre IV et V.

mercredi 16 décembre 2020

Roumi, poète de l'amour, l'éveilleur d'âmes.

"Au delà du bien faire et du mal faire existe un espace. C'est là que je te rencontrerai.
Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé."
Roumi



Roumi commence par dévoiler un tableau vertigineux du devenir cosmique de notre monde, montrant ainsi que dès 1250, bien avant Darwin, était connue l’évolution des espèces et de l’humanité.

- "D’abord, tu fus minéral, puis tu devins plante,
ensuite tu devins animal, comment l’ignorais-tu ?
Puis tu fus fait homme, doué de connaissance, de raison et de foi,
Quand tu auras transcendé la condition d’homme,
Tu deviendras sans nul doute un ange.
Alors tu en auras fini avec la terre, ta demeure sera le ciel.
Dépasse même la condition angélique,
Pénètre dans cet océan,
Afin que ta goutte d’eau devienne l’océan !

Grâce à cela il comprend le grand secret : l’amour est en réalité l’âme de l’univers qui a été créé par amour. Il est l’expression de l’amour et c’est lui qui le fait vivre.
La danse des atomes, la giration des étoiles et des planètes, la montée de la vie vers la conscience,
tout est dû à l’amour :

"L’amour est un océan infini,
Dont les cieux ne sont qu’un flocon d’écume
Sache que ce sont les vagues de l’amour,
Qui font tourner la roue des cieux
Sans amour le monde serait inanimé.
Chaque atome est épris de cette perfection
Et se hâte vers elle.
A chaque instant retentit de tous côtés
l’appel de l’amour.
Si ce n’avait été par pur amour
Comment aurais-je donné aux cieux
l’existence ?
J’ai élevé cette sublime sphère céleste
Afin que tu puisses comprendre la sublimité
de l’amour.

lundi 14 décembre 2020

François Cheng : "quand reviennent les âmes errantes" (extrait)



"Noble amitié, noble amour. Heureux ceux qui connaissent les deux dans le même temps. Si l'amour enseigne le don total et le total désir d'adoration, l'amitié, elle, initie au dialogue à cœur ouvert dans l'infini respect et à l'infini attachement dans la non-possession. Les deux, vraie amitié et vrai amour, s'épaulent, s'éclairent, se haussent , ennoblissants les êtres aimants dans une commune élévation. Moment miraculeux. Si miraculeux qu'il ne saurait se lover dans la durée. Bien nombreux, se tapissant partout sont les obstacles extérieurs. L'un d'entre eux, en tant voulu, vient en interrompre le cours. Mais les êtres à l'âme élevée ne se rendent pas : ils sont aptes à transmuer l'absence en présence. Toute force oppressive a pouvoir sur les corps ; nulle ne peut emprisonner les âmes ni l'une de l'autre les séparer. N'est-ce pas précisément ce que l'on observe chez les âmes fortes : plus longue est l'absence , plus ardent devient le désir dans l'attente. Pour peu que s'offrent un jour les retrouvailles, les cœurs épris, irrépressiblement, s'embraseront."