lundi 17 avril 2017

L'arbre et la lumière du ciel

"Seule la lumière qui tombe continuellement du ciel fournit à un arbre l'énergie qui enfouit profondément dans la terre ses puissantes racines. L'arbre est en réalité enraciné dans le ciel."
Pour arracher l'être humain au sort du déracinement, Simone Weil ne propose nullement un quelconque "retour au terroir". Il n'y a pour elle de re-enracinement valable que dans la racine même de l'être, dans ce par quoi l'univers vivant est advenu, dans un ordre surnaturel bien saisi qui assure au destin humain un devenir juste et ouvert."
(François Cheng reprend les mots de SimoneWeil dans de l'âme, p. 129 à 131.)


samedi 4 mars 2017

La sublimation de l'amour impossible


"Mon paysage intérieur a changé. J'y sens une présence invisible, le souffle d'une vie et d'une espérance nouvelle auxquelles je suis incapable de donner un nom.
Alors je devrais vivre rongée de chagrin.
Pourquoi ? En ce qui me concerne je jouis encore de toute ma raison et je sais pourtant que celui que j'adore ne m'appartiendra jamais en ce monde.
Dans l'au-delà sans doute car Dieu est bon.

Je ne sais. Je le vois vivre et cela me suffit. S'il meurt ma vie continuera peut-être, mais, intérieurement, je serai morte..."

Extrait de la "Dame de Grenade", Sarah Cournac, Ed. la feuille de thé, 2015.
 
 Depuis 14 ans, que j'essaie de donner un éclairage spirituel et du sens aux histoires d'amours impossibles des personnes que j'accompagne,  j'ai été touchée par certaines d'entre elles. Dans ces moments douloureux, j'ai compris une chose fondamentale : l'amour partagé guérit de tout. Aucune séparation, aucun amour impossible ne devrait se vivre sans un amour inconditionnel partagé, car ce sentiment dépasse la frontière qui sépare la vie visible de la vie invisible et sublime même la mort. J'aime beaucoup Francois Cheng car il nous fait naviguer entre ces deux mondes avec beaucoup de naturel. Son écriture me rassure et m'a fait comprendre que cette sensibilité était normale et qu'elle pouvait s'exprimer sans retenue. Il valide que le monde des âmes et le nôtre sont reliés et que l'âme humaine résonne avec l'Âme universelle. Le passage ci-dessous est révélateur de la vie qui se joue dans le monde visible et de sa réalité dans l'invisible.
 
 (...) Qu'il puisse quotidiennement contempler l'être de son coeur, intimement et silencieusement, fût ce à l'insu de l'autre, c'est déjà un rare bonheur dans ce monde. (...)
(...) A Dao-Sheng surpris de sa présence elle sourit avec naturel et dit: " Je sors aujourd'hui pour la première fois, et je viens vous remercier de m'avoir guérie."
Dao-Sheng répond d'une voix claire: "Il ne faut pas me remercier. Si Madame est guérie, c'est grâce à la protection du ciel!"
Puis il sourit aussi. Ces phrases d'une tournure bien trop formelle, sont destinées avant tout aux gens à côté qui écoutent ; leur vrai langage est leur sourire. Oui, c'est seulement par le sourire que désormais ils pourront communiquer.

Extrait de L'eternité n'est pas de trop, François Cheng, ed. le livre de poche, 2003.

Jane Austen, de son côté,  a connu un amour impossible dans sa vie, avec Thomas Langlois Lefroy. Elle a écrit, suite à cette contrainte du destin et pour consoler son chagrin, des romans innovants pour son époque avec des personnages vivants et pétillants.
Sa créativité s'est exprimée , en ce sens elle s'est réalisée. Mais, tout au cours de sa vie, la maladie l'a accompagnée et elle est décédée à 42 ans. Un âge qui n'est pas un hasard mais une conséquence du chagrin qu'elle avait vécu à ses 21 ans dans la fatalité. 

Aujourd'hui, il existe un moyen, car la fatalité n'est jamais la solution. Je dis souvent aux personnes que j'accompagne en plaisantant :
 "Nous expérimentons sur terre différents types d'amour et si nous devions diviser l'amour en 100%, ce serait ainsi : 
- 20 % de l'amour pour le couple
-20 % de l'amour pour sa famille, ses enfants
-20% de l'amour pour soi-même
-20 % de l'amour pour  l'humanité et ses amis,
- 20% d'amour inconditionnel et spirituel "

Même si dans le ressenti intérieur, l'élan naturel est de vivre chacun de ces amours à 100 %, comme si toute notre existence dépendait de cela. Cependant on comprend bien qu'un seul type d'amour ne peut pas tout apporter et que la vie offre la possibilité de découvrir ces différentes amours qui peuvent être vécues dans la loyauté et la fidélité.

Ainsi, lorsqu'un domaine est fragilisé, les autres dimensions de l'amour peuvent vous soutenir et vous réconforter.
"Vous êtes trop généreuse pour jouer avec mes sentiments" disait Mr. Darcy à cette chère Élisabeth Bennett, qui n'en avait aucunement l'intention, dans "Orgueils et préjugés." Effectivement, il vaut mieux ne  jamais jouer avec les sentiments des autres, ce type de comportement manipulateur  est destructeur. Mieux opter pour la sincérité comme le préconise Francois Cheng : "(...) un dialogue exige des intervenants qu'ils dépassent les apparences et qu'ils acceptent de plonger dans la profondeur de leur être (...) La sincérité de la réponse en constitue l'intérêt".
     Aujourd'hui, le temps de Roméo et Juliette contraints de passer par leur mort physique pour se retrouver, semble révolu. Le XXIe siècle a besoin de comprendre le sens de ces amours impossibles, et de voir comment elles se subliment.  Ces dernières unissent très souvent des âmes-soeurs ou des âmes-jumelles et leur manque réciproque est parfois très dur à vivre. Mais ces âmes-là ont fait le choix d'une évolution spirituelle dans cette vie. Aussi, vivent-elles leur amour en secret et leur souffrance n'a de sens que pour apprendre à aimer sans retour et sans attente. C'est un des chemins le plus difficile car le chagrin et le manque sont redoutables et physiquement éprouvants, mais l'amour de leurs âmes est infini. Cet amour-là conduit à une grande sérénité, un détachement d'une grande beauté et un respect mutuel et sincère,  une vraie force de vie. Il suffit d'une compréhension réciproque et d'une profonde sincérité pour que la douleur soit moins forte, voire totalement guérie.


mercredi 22 février 2017

Voyez chère amie, vous n'êtes pas seule...

"Comme à chaque fois, mon coeur bondit et mon âme s'emplit de gratitude". 
F. Cheng
Peinture de Shitao
(...) Voyez chère amie, vous n'êtes pas seule.
Et nous ne sommes pas seuls, tous deux à savoir que nous avons une âme, à ne pas négliger cette partie irremplaçable qui est notre être même. Elle est précieuse aussi bien pour soi que pour les autres êtres rendus inaliénables par le miracle de la rencontre, un miracle qui ne peut se produire que grâce à l'intelligence du cœur, autrement dit à l'amour.
Et cela ne nous dispense absolument pas de relever le défi radical qui nous est lancé, plus que jamais d'actualité : dévisager le mal. Son œuvre fait irruption dans notre quotidien à travers les attentats, les guerres et la misère de tant d'êtres humains écrasés par la cupidité de quelques uns. Nous devons solliciter toutes les capacités de notre esprit pour analyser cette situation de chaos, sans jamais cesser de sonder la part d'abîme que porte l'âme humaine, afin de pouvoir l'extirper. Car il y a des instances du politique et de l'économie où nous devons défendre les droits de l'intelligence et de la justice, mais il y a aussi ce fond d'âme humaine qu'ont scruté un Dante et à sa suite un Shakespeare, un Hugo et un Dostoïevski et tant d'autres encore, notamment celles et ceux qui à l'image du Christ l'ont affronté au prix de leur vie. C'est seulement ainsi que la part de lumière de notre âme a une chance d'émerger réellement,
je vous redis toute mon amitié,
FC

De l'Ame, F. Cheng, p. 83 et 84, ed. Albin Michel.

samedi 26 novembre 2016

L'Ange Bleu

Comment sait-on que Noël va venir ? On ne peut pas le voir avec les yeux, car les jours et les nuits sont comme toujours, et les hommes vivent et s'occupent de leurs affaires comme d'habitude. On ne peut pas l'entendre avec les oreilles car se sont toujours les mêmes bruits qui résonnent : les autos, les avions qui passent, les enfants qui crient et ainsi de suite.
Et pourtant quatre semaines avant Noël il se passe quelque chose de très important : un grand ange descend du ciel pour inviter les habitants de la terre à préparer Noël. Il est vêtu d'un grand manteau bleu tissé de silence et de paix. La plupart des gens ne le remarquent pas car ils sont très occupés à autre chose. Mais l'ange chante d'une voix profonde et seulement ceux qui ont un cœur attentif peuvent l'entendre.
Il chante : "le ciel vient sur la terre, la beauté divine vient habiter le cœur des hommes. Faites y attention ! Ouvrez lui la porte !"
C'est aujourd'hui que cet ange passe et parle à tous les hommes. Et ceux qui l'entendent se mettent à préparer Noël, en chantant des chants et en allumant des bougies...

Conte raconté aux enfants dans la pédagogie Steiner pendant la période de l'Avent.

vendredi 21 octobre 2016

"Faire ce qu'il faut puis laisser faire"


"La joie est partout sous le ciel, cherche celle qui répond à ton coeur"
Su Zhe
 
.
Il y a des moments de profondeurs incontournables rencontrés à travers nos épreuves de vie (douleurs physiques et émotionnelles, doutes, tristesse, remise en question) où les prises de conscience se font plus aiguës. Ces instants-là nous invitent, à l'image de la nature qui meurt en automne et renaît au printemps, à vivre de petites morts intérieures et symboliques afin de quitter l'ancien pour renaître au nouveau, sans jamais rompre le pacte de confiance avec la Vie.


 
" Faire ce qu'il faut puis laisser faire"
Il ne s'agit pas de fatalisme ou de démission, mais de confiance.
Se libérer de tout désir stérile, laisser la rivalité en chemin, apprendre à consentir à l'exigence de la
vraie  Vie : rester humble devant les mouvements de l'âme comme un serviteur devant un plus grand que soi. Je traversais une période de doute. J'avais perdu confiance et le moment n'était pas heureux. Ce caractère s'est imposé comme une nécessité  vitale. Je devais retrouver la paix, signer une nouvelle fois le pacte de confiance.
L'idéogramme est empreint d'une tension presque antagoniste. Un équilibre précaire s'établit entre les signes ; l'harmonie vient de l'apparente dissonance des formes et de leur secrète résonance. En traçant, ce caractère, j'ai éprouvé le besoin de me restituer dans l'ordre de la création.
Et le souffle devient signe, François Cheng, p.94, l'iconoclaste.

mardi 18 octobre 2016

L'écureuil et l"arbre rêveur

Quelques fois des graines oubliées, que l'on avait semées dans les temps passés, avec amour, donnent soudain des fruits inattendus mais magnifiques.

L'écureuil et la feuille

Un écureuil, sur la bruyère,  
Se lave avec de la lumière.
Une feuille morte descend,
Doucement portée par le vent .
Et le vent balance la feuille
Juste au dessus de l'écureuil;
Le vent attend, pour la poser,
Légèrement sur la bruyère,
Que l'écureuil soit remonté
Sur le chêne de la clairière
Où il aime à se balancer
Comme une feuille de lumière.
Maurice Carême



La feuille

Il était une feuille qui, ce matin, est tombée sur le bas de ma fenêtre.
La feuille venait de l'arbre rêveur.
L'arbre rêveur était un arbre magique.
Il avait le pouvoir de se rappeler de tous les rêves des enfants.

Auréane, 8 ans, le 18.11.16.

dimanche 2 octobre 2016

A long way...a long life


Is he a poor lonesome cow-boy ?

En s'appelant, Chance Chanceuse, Lucky Luke ou Luck, ne peut être finalement que le garçon le plus cool sur cette planète. De quoi a-t-il peur ?  Il tire plus vite que son ombre, qu'il a totalement apprivoisée au point même d'avoir pris le dessus sur elle. Il a un cheval, Jolly Jumper, qui se poile à se rouler par terre si le coeur lui en dit. Il s'est donné une direction et il s'y tient.  Pour lui, ce qui compte c''est sa mission, celle qu'il sait juste au fond de lui.  C'est un solitaire, mais il en connaît tous les secrets parce qu'en fait il a accepté d'être un homme libre et universel. Son universalité, il n'en parle jamais car il a compris que c'est dans le secret qu'elle sera le mieux protéger. Il a accepté de devenir le justicier des causes perdues et il s'amuse de loin avec ses gredins d'ennemis pour qui il a une affection sincère. Il ne veut pas se l'avouer mais, dans son monde, en fait, il a une chance inouie : les bons sont bons, et les méchants toujours méchants. Aussi, est-il certain des liens qui se tissent entre les personnages de sa vie. 
A la fin de chaque histoire, il reprend son chemin sans hésitation, sans attache et sans illusion. Il sait que le chemin se poursuit ainsi, regardant avec Jolly jumper le coucher de soleil au loin vers ses lointaines montagnes. Ce solitaire légendaire est en fait un grand sage. Il a tout compris des méandres de la vie, il reste fidèle dans son coeur et n'avoue jamais à qui il appartient. C'est mieux ainsi, car il est sûr de ne pas trahir. Pour Lucky Luke, la loyauté est un point d'honneur et elle n'a pas de prix. Il sait pourtant qu'il lui faut parfois s'approcher d'histoires tordues et dangereuses mais il n'aime pas jouer sur deux tableaux à la fois. De jour comme de nuit, il est égal à lui-même, il ne joue aucun rôle à part le sien. Son esprit pionnier et aventurier l'a poussé à croire au soleil qui se couche dans le far west. Oui, il croit à la vie et il veut qu'elle circule le plus vite possible ; par poney express, par télégraphe et aussi by train. C'est un homme sans frontière, profondément humain, cela se voit car il est toujours fair-play. On aime sa mèche qui tombe sur ses yeux pour cacher ses moments d'émotions et aussi les cliquetis de ses étoiles accrochées à ses bottes qui nous rappellent sa nature, un vrai cow-boy. Les cows-boys,  en principe, ils sont souvent rustres à l'image des saloons malfamés. Mais lui, pas du tout, on sent en lui se dissimuler une subtilité hors du commun et une finesse de circonstances pour analyser les situations.  Ce qui est désolant, c'est qu'il a toujours une cigarette aux lèvres, il fume certainement trop. Mais pourquoi ? Peut-être n'entend-t-il pas la tristesse de ses poumons ? C'est sûrement son seul défaut.  Cette tristesse, il ne veut pas s'en occuper car il a une bien trop grande profondeur, il n'en retrouve pas souvent un écho dans ce monde. Aussi, se retire-t-il  très vite dans ses montagnes solitaires, car là-bas, dans le silence, il entend la réponse, celle qui le réconforte, qui ne le déçoit jamais. Il revient toujours, cependant, car sa mission n'est pas encore achevée et elle a encore tellement de choses à lui apprendre.

A long way...a long life...

samedi 1 octobre 2016

La réponse d'Elvire



 Une magnifique lettre reçue le 30.09 qui m'a beaucoup touchée et que l'auteure m'a autorisée à partager. Je la remercie car elle donne du sens.
 Chère Native,
Votre lettre portée par les anges est arrivée jusqu’à ma lointaine retraite, j’entends bien votre appel à ma personne lancé par-delà les espaces et par de-là le temps et je vous remercie de venir ainsi me déranger. Votre voix est la claire musique d’un ressac qui bat depuis longtemps mes murailles de pierre. Ainsi, le va et vient des vagues, laisse à travers vos mots, émerger son limpide message. Il est une invitation et ma plume vous y répond. Vous m’invitez à revenir au monde, à reprendre conscience du mouvement et du flux de vie qui traverse mes fibres. Et vous avez raison. Sur cette scène où chaque jour se lève, il me faut désormais m’aventurer dans la lumière et donner la réplique. Je ne pouvais cependant m’y résoudre sans y avoir été invité. La porte du couvent est lourde à pousser et l’obscurité devenue rassurante, les doutes nous retiennent comme des racines profondes et chaque pas, croyez-le est un arrachement. Mais dehors, je l’entends, le vent bruisse dans les arbres, l’eau murmure et la vie bouge comme une tâche de soleil dans le sous-bois. C’est une jeune femme qui était entrée en ces lieux de recueillement, c’est désormais une vieille âme qui revient. Vieille, parce que le temps a accompli son œuvre, vieille parce que l’errance au labyrinthe fut longue, vieille encore, de tout ce qu’il a fallu perdre, la beauté, la jeunesse, l’or brillant du désir, l’insouciance légère, jusqu’au  plus ténus des espoirs, jusqu’à la poussière des rêves. C’est une femme usée qui entre en scène, dont la marche est incertaine et la parole faible. Elle n’a jamais été aussi pauvre, et pourtant, elle n’a jamais été aussi riche. Cependant, cette richesse est encore enfermée dans un coffret dont elle a perdu la clé. Mais l’autre n’est-il pas une clé ? L’invitation n’est-elle pas déjà une ouverture ? Ce couvent, ce lieu de recueillement n’est-il pas déjà dans le monde de toute éternité ? Vous écrivez à une morte et c’est une vivante qui répond car la Vie contient toute chose, même la mort. Chaque fois que l’on tend la main, c’est le vivant qui l’attrape car le vivant veut vivre. Nous finirons tous par pousser la lourde porte pour laisser sortir l’être blessé, trahi, humilié et vaincu. L’être défait. Cette défaite n’est pas un échec, en vous le disant, c’est à moi-même que je le dis, cette défaite n’est pas une victoire, c’est l’abandon des attachements et des illusions, cette défaite est notre liberté.

L’ancienne Elvire adopte un nouvel ordre, car désormais Elle revit !
Bien à vous et merci

lundi 19 septembre 2016

Lettre à Elvire

D'après la tirade de Done Elvire, abandonnée et trahie par Don Juan, acte IV, scène 6, lorsqu'elle revient le voir, lui dit  qu'elle lui a pardonné et qu'elle s'inquiète pour lui mais qu'elle n'a d'autres choix que de s'enfermer dans un couvent. 

Chère Elvire,

Festival d'Avignon juillet 2016
Quel âge avez-vous aujourd'hui ? Vous vous êtes retirée du monde mais vos mots y résonnent encore. 
 Vous êtes tombée dans les travers de l'illusion. Mais est-ce condamnable au point de vous priver de la beauté autour de vous ? Nous sommes ici et nos vies nous offrent une scène parfaite où se jouent acte par acte, les situations que nous choisissons d'expérimenter. Ainsi, vous avez exploré la trahison et l'abandon. L'illusion vous a portée dans vos rêves les plus fous et vous avez pris le risque d'aimer. Non, vous n'êtes pas aussi naïve qu'il n'y paraît, vous avez simplement accepté de vivre, pour ressentir de l'intérieur la folle envie de croire les mots qui vous ont touchés. C'est humain et par essence imparfait, mais si prometteur d'avenir. Vous avez cru à l'amour et à son don sincère, ce n'était pas une erreur juste un chemin, le vôtre. Mais que vous fallait-il faire pour être aimée dans ce monde ? Il y avait un voile devant vous et vous n'avez pas compris la scène qui se déroulait. C'est aussi une erreur que de projeter sur l'autre un idéal d'amour absolu auquel on aspire en secret. On ne peut qu'être déçu mais cela aide à comprendre que cet amour-là n'est pas humain mais divin. On y trouve alors  une ouverture qui rapproche de ses profondeurs, permet d'y plonger et d'y rencontrer la lueur d'espoir qui change tout et vous montre  une autre route.

Pour Don Juan, la vie est un théâtre d'expériences et tout y est permis. Il explore les infinies possibilités du libre arbitre et ignore toutes les règles de moralité. C'est une possibilité. Chacun en ce monde choisit ses valeurs. Cependant, peut être cela vous aiderait-il d'entendre que votre trahison est aussi la sienne. Votre abandon est aussi le sien. En effet, ce sont sa loyauté, sa sincérité  et sa décence qu'il abandonne. Il ignore la réciprocité de l'amour et slalome entre  l'euphorie et la frustration, entre la manipulation et la destruction, entre sa vie et sa mort qu'il défie sans cesse. Pourtant, il y a quelque chose de bon en lui, d'honorable, il peut sans réfléchir sauver la vie d'un homme, et votre frère en est témoin. Alors quel est ce mystère ?  En somme, comprenez-vous, c'est la sienne de vie qu'il n'arrive pas à sauver. Vos mots résonnent, Elvire, parce que le renoncement vous a aidée. Vous avez  transformé votre attachement afin de  grandir dans l'amour sans condition, celui qui se place au-dessus de tout, qui élève l'âme et sacrifice le cœur. Vous l'aimez ainsi aujourd'hui et vous consacrez votre temps à penser à votre repentir et même à penser au sien. C'est une erreur. De nos jours, cet enfermement n'est plus nécessaire. Regardez vous avec bienveillance, regardez vous en amie, votre souffrance ne suffit-elle pas ? S'il avait su à quel point cela a été  difficile  de vous exprimer ainsi. S'il avait pu ressentir la violente douleur dans votre poitrine quand tout s'est révélé et s'il avait vu les larmes de votre cœur, peut-être aurait-il mieux compris ? L'amour amène à la compassion, et la compassion à la réparation. Il n'en a pas eu assez car il en a peu pour lui-même. A-t-il croisé ces fleurs pour qui, demeurer enfermer dans leur bourgeon, est plus douloureux que de fleurir mais dont la sensibilité est telle qu'elles peuvent se refermer devant la maladresse d'un papillon ? Ces fleurs là ne sont pas si rares, elles sont discrètes et secrètes. Elles se tapissent au fond
Compagnie la Carabela, comedia dell'Arte
de chacun de nous. Voilà ce qui se passe lorsqu'on blesse une personne, on abîme ses fleurs. On abîme  la vie dans ce qu'elle est de plus fragile et aussi de plus vivante. C'est l'énergie de vie que l'on renverse, que l'on immobilise dans la tristesse. Alors, de votre corps, il est nécessaire de reprendre conscience du mouvement, de reprendre conscience que tout ce qui y circule prouve qu'il est la vie même. Ne demeurez pas figée dans votre douleur. Vous avez pardonné alors pardonnez vous aussi pour toutes vos maladresses et laissez la vie vous retraverser,  laissez vos émotions danser et rencontrer l'authenticité. Prenez conscience, chère Elvire, qu'il s'agit en fait d'une danse, celle du déploiement de vos dons créatifs et intuitifs et revenez dans le monde pour y goûter la saveur du lendemain et de sa promesse d'avenir. 


Texte Inspiré après  la représentation au festival d'Avignon de Don Juan de la compagnie La Carabela ( juillet 2016). 
 Une tragi-comédie de Molière, inspirée de « El Burlador de Sevilla », pièce de l’auteur espagnol Tirso de Molina.
Mise en scène de Carlo Boso
Maitre d’armes : Florence Leguy
Chant: Sinda Elatri
Dance: Karine Gonzalez

https://www.facebook.com/lacompagnielacarabela/?fref=ts

vendredi 8 juillet 2016

L'éducation artistique et l'intelligence émotionnelle.


"L'empathie, autrement dit l'intelligence émotionnelle, a un rôle majeur dans la construction de la relation à l'autre. L'expérience esthétique nourrit l'empathie. (...) L'expérience esthétique et l'intelligence émotionnelle qu'elle contribue à forger ouvrent à la découverte des "infinis visages du vivant", pour reprendre ici les mots de René Char. L'éducation artistique permet de forger l'intelligence émotionnelle des enfants à l'opposé d'une conception des apprentissages qui exclut la sensibilité. Développer la dimension sensible des apprentissages et la part que l'écoute de la sensibilité peut apporter aux tâches de résolution de problèmes, de quelque nature qu'ils soient, devient un objectif majeur dans tous les champs de la connaissance."
L'art fait-il grandir l'enfant ? essai sur l'éducation artistique et culturelle, Jean-Marc Lauret, p.95 à 96.




L'intérêt est alors de s'ouvrir à l'ensemble des pédagogies, même alternatives et déjà expérimentées depuis de nombreuses années, qui ont donné des résultats et qui ont intégré dans la transmission de la connaissance ce processus artistique naturel qui explore le beau et le sensible.